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Mes textes, mes poèmes, mon autre moi... Si vous voulez utiliser un de mes textes, demandez le moi :)

03 février 2009

Histoires d'A... [7]

C’est Paolo Latoux en personne qui avait appelé Aurélie pour lui indiquer que l’enregistrement de son émission aurait lieu le 11 du mois suivant. Un rapide calcul permit à la journaliste de réaliser qu’elle n’aurait que deux semaines pour apprendre le langage des maisons d’édition.

Paolo en avait profité pour lui dire à quel point il la respectait en tant que consœur, et qu’il était ravi de la recevoir sur son plateau.

Aurélie avait senti dans la voix de l’animateur un peu plus que du respect, comme s’il était plus content de voir en chair et en os celle dont il avait découvert – ou à propos de laquelle on lui avait raconté – les aventures sexuelles.

Aussitôt la date connue, Aurélie avait donc appelé Valérie Bloyer puisque celle-ci devait lui venir en aide.

Elles avaient convenu que l’auteure lui donnerait quelques termes d’édition, lui donnerait des indications de temps – notamment en terme de délai avant l’impression – et lui expliquerait comment fonctionne en interne une maison d’édition.

Valérie Bloyer, sans doute désœuvrée, avait proposé qu’elles se voient dès le lendemain.

Aurélie, à nouveau poussée par Elliot, était allée au rendez vous en trainant des pieds. Elle fut surprise par la surexcitation de l’écrivain.

Valérie était toute pimpante, rayonnante, et prolixe ! Elle n’arrêtait pas ! Elle n’avait qu’un seul sujet à la bouche : Paolo Latoux par ci Paolo Latoux par là. Aurélie n’en pouvait plus ! Certes un changement avait du se produire, et c’était sans doute très bien, mais elle n’était pas venue à cet entretien pour parler d’un animateur télé.

Aurélie tenta de la recadrer à plusieurs reprises en posant des questions sur ce qu’elle devait apprendre, mais Valérie répondait systématiquement à côté et en revenait toujours à la même chose : Paolo !

Excédée, la journaliste avait lancé :

-          Je vous le présenterai quand nous serons sur le plateau télé si vous voulez ! Mais pour le moment parlons de ce pour quoi nous avons décidé de nous voir !!

Valérie, un peu calmée grâce à cette proposition, se décida enfin à en venir aux propos attendus.

Aurélie avait noté consciencieusement tout ce qui lui avait été dit lors de trois entretiens qu’elle avait eu avec « la coincée ». Elle se sentait prête à affronter toutes les questions qui pourraient lui être posées.

Elle avait « révisé » dans le taxi qui l’emmenait au studio d’enregistrement, avec l’aide de Vinciane.

Cette dernière était dans le même état d’euphorie que Valérie. Aurélie ne comprenait pas du tout ce que ces deux là pouvaient bien trouver à Paolo Latoux.

Après le maquillage, la coiffure, l’habillage, on avait placé la journaliste sur un fauteuil au centre du plateau.

Paolo Latoux avait fait son entrée, lui avait posé quelques questions relatives à l’écriture auxquelles elle avait relativement bien répondu. Etaient ensuite venues les questions indiscrètes, de la même manière, Aurélie avait répondu rapidement, sans s’étendre et surtout avec pudeur.

Puis l’animateur avait annoncé :

-          Aurélie, j’ai le plaisir de vous apprendre qu’avec la complicité de votre meilleure amie, nous avons retrouvé votre tout premier amant.

Je sais que cela doit vous ravir, j’en suis sur, et à voir votre visage s’empourprer ainsi j’imagine que cela doit vous gêner un peu…

L’animateur avait continué sa tirade, mais Aurélie n’en entendait rien. Elle regardait fixement Vinciane qui de la tête lui indiquait qu’elle n’y était strictement pour rien. Aurélie n’y comprenait rien : comment l’émission avait elle pu retrouver quelqu'un qui n’avait jamais existé ?!

-          Et voilà Matthias !

Tout le public présent, l’animateur et Aurélie avaient dans un même souffle fait un « oh » de stupéfaction.

La personne qui se tenait là, à la place du Matthias imaginaire, était Valérie Bloyer. Elle avait un sourire jusqu’aux oreilles.

Paolo ne comprenait rien, il n’avait pas d’indication dans l’oreillette, il ne savait plus quoi dire.

L’écrivain piqua le micro des mains de l’animateur, et expliqua – ou plutôt hurla – le pourquoi de sa présence.

-          Cette femme est un imposteur ; elle n’a pas écrit ce livre, d’ailleurs ce livre est un mensonge, rien n’est vrai ! C’est moi qui écrit ce ramassis d’idioties, sur ses indications, et en voulant vérifier, je me suis rendue compte que tout était faux, tout de A à Z, vous…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase, les vigiles l’attrapèrent par les aisselles et l’emmenèrent loin du plateau d’enregistrement.

Visiblement personne n’avait entendu ce que Valérie Bloyer avait tenté de révéler.

Aurélie poussa un soupir de soulagement quand Paolo Latoux la pria de l’excuser pour tout ce ramdam et pour le fait que Matthias ne soit pas là.

Bien plus tard, la journaliste apprit que Valérie Bloyer avait été licenciée pour faute grave.

Le livre, Histoires d’A…, continuait à très bien se vendre.

* Fin *
*

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01 février 2009

Histoires d'A... [6]

Elliot avait insisté pour qu’Aurélie fasse des efforts avec Valérie Bloyer. Il fallait absolument, pour sa carrière, que ce livre paraisse. Elliot avait été très clair sur ce point.

Aurélie et « la coincée » avaient échangé quelques mails : l’écrivain voulait avoir des précisions sur certains points.

Elles s’étaient mise d’accord sur le nom du livre : Histoires d’A…urélie.

Au moins là-dessus, leurs propos étaient restés cordiaux et l’une et l’autre avaient apprécié le jeu de mots avec « histoires d’amour ».

Aurélie s’était replongé dans le travail, n’oubliant pas pour autant que bientôt elle aurait un livre, enfin, un premier jet, à lire.

Ce jour là arriva bien plus vite qu’elle ne le crut.

Un soir de repos en rangeant son linge, elle eut un appel de Valérie Bloyer. Elle voulait l’adresse de la journaliste pour lui faire porter par coursier la première trame du bouquin. Il y avait une centaine de pages, et elle devait l’avoir lu pour le lendemain.

C’était sans conviction qu’une heure après avoir reçu cet appel, qu’elle se plongea dans une lecture qui ne fut absolument pas attentive.

Le style est nul, il n’y avait rien d’intéressant, même ce qui aurait pu être un chouilla émoustillant devenait ennuyeux : ce qu’elle avait pris pour des détails cochons ressemblaient à présent à une longue liste, rébarbative, de positions, de détails physiques comme des grains de beauté, des marques de naissance etc…

-          Nul ! C’est invendable un truc pareil… Vous vous rendez compte de ce que vous avez écrit ? C’est tout de même de sexe, et d’amour dont on parle là ! Vous ne connaissez pas ? Je me demande comment vous pourrez un jour écrire votre propre livre si vous n’êtes pas capable de faire passer, de faire partager un sentiment aux lecteurs !

Ce livre c’est moi qui suis sensée l’avoir écrit, et très franchement, j’ai beau n’avoir pas fait d’études, je suis sure que je peux faire beaucoup mieux que ça !

-          Mademoiselle calmez-vous. Ce n’est qu’un premier jet, de plus je ne vous permets pas de mettre en cause mes qualités d’écrivain !

Vous n’avez qu’à faire quelques annotations dans la marge et je verrai ce que je peux faire. Au revoir.

Aurélie était énervée, elle ne tenait plus, elle allait explosée, Elliot ne répondait pas, son amoureux non plus et Vinciane était sur messagerie.

De rage, elle prit le manuscrit, et commença à raturer, réécrire. Au moment où elle alla se coucher, quasiment tout le premier jet de son livre était rougit, verdit, noircit. Des centaines de phrases avaient été modifiées.

Ceci se reproduisit deux fois. Mais au bout du compte et malgré leurs différends, Valérie Bloyer et Aurélie Vandel avait réussi à se mettre d’accord. L’auteure, la vraie, avait eu du mal à écrire certains passages, les plus érotiques peut on dire, mais finalement l’héroïne du livre était plus satisfaite du résultat final.

Le livre parut un mardi. Et dès le mercredi la journaliste fut harcelée de questions par ses confrères.

Elle n’accordait que peu d’interview, et la seule chose qu’elle accepta – parce qu’Elliot avait affirmé que ça serait idéal pour la suite de la carrière de la jeune femme – ce fut d’aller sur un plateau télé type « Ca se discute » afin de raconter comment et pourquoi elle avait décidé d’écrire ce livre.

Elle trouvait bien sur l’idée ridicule, puisque ce n’est pas elle qui l’avait écrit, mais finalement, après en avoir discuté avec son chéri, elle s’était dit qu’un peu de pub ne lui ferait pas de mal.

Celle qui avait le moins bien pris la chose c’était Valérie Bloyer. D’autant qu’elle était à nouveau mise à contribution malgré elle, puisqu’elle devait coacher Aurélie pour l’enregistrement de l’émission.

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27 janvier 2009

Histoires d'A... [5]

Elle s’était endormie après la conversation plus que coquine qu’elle avait eue avec son chéri. Au réveil, quelques trois heures plus tard, elle commença par une bonne douche très chaude.

La soirée était déjà avancée, quand elle résolut de finir ses « devoirs ».  Elle n’avait plus qu’à attendre que la Valérie ne la recontacte. Cette fois elle espérait pouvoir en placer une, et surtout elle espérait que ses inventions la ferait sortir de ses gonds.

-          C’est moi, tu fais quoi ce soir ? Tu veux pas sortir ?

Vinciane avait accepté l’offre. Aurélie lui avait raconté l’entrevue avec celle qu’elle appelait désormais « la coincée ». Vinciane n’avait rien dit. Elle écoutait patiemment, en espérant que son amie pense à respirer entre deux phrases.

Elles avaient bu, trop bu. L’alcool aidant, Vinciane lui avait demandé, sans gêne aucune puisque la conversation tournait autour de relations charnelles depuis un bon moment, si elle avait déjà eu une expérience homosexuelle.

Dans un éclat de rire Aurélie avait répondu que non, mais qu’elle en inventerait bien une !

Nos deux amies étaient assises dans le bar, devant une feuille blanche. C’était Vinciane qui écrirait.

-          Un scénar de film érotique… Si tu fais pas fortune avec ton bouquin, tu peux toujours revendre ce truc à Canal + !

Certes Vinciane rigolait en disant cela, mais au fond d’elle Aurélie savait qu’en lisant ça, « la coincée » mettrait des jours à s’en remettre !

En rentrant chez elle, elle s’appliqua à tout recopier sur une page qu’elle intitula elle même « Expérience homosexuelle – conditions – partenaire(s) » en copiant les autres intitulés.

C’est en espérant que « la coincée » réagirait mal qu’elle se coucha.

Après quelques minutes à tourner et virer dans son lit, elle ne trouvait pas le sommeil et commençait à se dire que sa réaction vis-à-vis de la Valérie était puérile, qu’en plus ça ferait du tort à son livre. Elle doutait. Elliot lui avait dit que ce livre boosterait sa carrière. Si en faisant tout pour faire rager une inconnue elle plombait toute seule sa carrière ? Et si le livre était publié tel quel, quelle image elle donnerait d’elle ?

-          Ce livre ne peut pas booster ma carrière, j’en suis sûre… La meilleure chose à faire est de tout faire pour que ce livre ne paraisse pas. Jamais.

C’est sur cette résolution qu’elle glissa dans le sommeil.

Le lendemain, à l’heure convenue elle attendait « la coincée ». Elle avait commandé un demi, sortit la chemise contenant tous les documents, et patientait en envoyant des sms à son homme, qui par chance lui répondait ! Sms d’encouragement d’un côté « tout va bien passer », sms de crainte de l’autre « j’ai pas envie de la voir ! c une folle ! ».

Quand Valérie Bloyer arriva, arborant la même mine joyeuse et ouverte que la veille, Aurélie songea à partir en courant. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait peur de ce que celle, à présent assise en face d’elle, allait dire.

-          J’espère que vous avez fait ce que je vous avais demandé, sinon, je vous préviens tout s’arrête…

Aurélie serra le poing sous la table en pensant qu’elle ne lui avait même pas dit « bonjour ».

Elle ne dit rien, faisant simplement glisser la chemise sur la table jusqu’à son interlocutrice.

Celle- ci l’ouvrit, regarda, et interrogea :

-          Avez-vous bien précisé les détails qu’on vous demandait ? (Hochement de tête de l’autre côté de la table). Je suppose que cette recherche n’a pas du être aisée à faire… Je vous enverrai, par mail, un nouveau tableau à remplir. Les éditions avaient oublié de le remettre à monsieur Pinch. Vous verrez ce n’est pas grand-chose. De plus, je vous demanderai, en réponse à ce mail, de me faire parvenir une petite biographie. Il me faut tout de même certains éléments pour réussir à écrire quelque chose.

Avez-vous des questions ?

Elle avait parlé calmement, elle débitait les mots comme dans un livre. Déformation professionnelle sans doute. Aurélie n’osait pas ouvrir la bouche, mais mue par la volonté de faire capoter le projet et de choquer « la coincée », osa une question :

-          Est-ce que vous écrirez tout ? Je veux dire… il est évident que ceux qui achèteront le livre voudront des détails explicites, coquins, peut être même cochons. Vous verrez j’ai fait en sorte que vous ayez ces éléments… D’ailleurs j’avoue que c’était sympa de se souvenir de tout ça… je ne vous cache pas que cela a provoqué quelques choses en moi… Enfin vous voyez ce que je veux dire…

Valérie Bloyer avait blêmi. Elle fit une réponse assez courte, en indiquant simplement qu’elle aviserait et qu’elle ne comprenait pas le sous entendu d’Aurélie.

Cette dernière sauta sur l’occasion, et dit très cyniquement :

-          Vous ne comprenez pas ? Le besoin de prendre du plaisir seule ? Vous n’avez donc jamais pratiqué la masturbation madame Bloyer ?

-          Je… Au revoir mademoiselle Vandel.

Aurélie était plutôt fière d’elle. Visiblement son plan se mettait doucement en place et marcherait sans doute. Mais c’était sans compter sur Elliot Pinch qui appelait sa protégée au moment même au Valérie Bloyer quittait le café.

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Sylversurfer

Je vous propose aujourd'hui deux billets, le premier, celui ci, est une nouvelle qu'un ami (Sylversurfer) a écrite.

Vous avez ici la première partie.

En vous souhaitant bonne lecture.


Lorsque Scud et son coéquipier arrivèrent devant l’antre de cette ignominie, ils savaient tous les deux qu’ils n’auraient pas beaucoup de temps pour mener à bien leur enquête. De plus ils savaient qu’il leur faudrait beaucoup de chance, car ce qu’ils avaient à affronter n’était pas rationnel, et Scud ne supportait pas ce qui n’était pas rationnel.

Depuis quelques semaines, la ville de New York s’était jonchée de cadavres difficiles à identifier tant les blessures qu’ils avaient reçues étaient nombreuses.

Scud est un flic droit, et cela fait longtemps qu’il sillonne les rues de sa ville avec son coéquipier pour traquer toute la lie de la société. Ils en ont vu des cadavres, des « saloperies », peinant parfois à croire que l’homme puisse faire ce genre d’horreurs ; mais là, cela dépassait tout ce qu’il avait pu voir. Les cadavres ressemblaient plus à de la bouillie qu’à autre chose, surtout rien de bien ragoûtant.

Jetan, son coéquipier, est un type lourdaud, mais tellement sympa…après de nombreuses railleries de la part de ses collègues, qui sur sa bedaine proéminente qui lui donnait l’air d’un mollusque avachi, qui sur ses lunettes triple foyer, et j’en passe, il avait été désigné volontaire pour travailler avec Scud, un gaillard grand et baraqué, le type même du « mâle », quoi ; aux antipodes de ce que lui même représentait aux yeux de la gente féminine.

Ce « couple » hétéroclite semblait au départ voué à l’échec et les collègues du Bronx pensaient bien que Scud allait se faire un sandwich avec Jetan, car il n’était guère du genre loquace et n’aimait pas s’embarrasser d’un coéquipier.

Pourtant, petit à petit, Jetan avait sans vraiment le vouloir apprivoisé Scud, et depuis maintenant 5 ans, ils formaient la meilleure équipe du Bronx, à tel point que les différents gangs de la Bronx les respectaient et les toléraient dans leurs quartiers, ce qui n’était pas le cas de beaucoup d’équipes qui en avaient fait la douloureuse expérience.

C’est ainsi qu’un jour un chef de gang lui parla de la mort d’un des siens ; lorsqu’ils se déplacèrent sur les lieux du crime, ils ne trouvèrent qu’un amas de chairs sanguinolentes. Il était impossible de reconnaître ce qui avait du être un être humain tant l’enveloppe corporelle et ce qu’elle contenait avaient été lacérée, déchiquetée, le visage quasiment écrabouillé. Ce tas de viande ressemblait plus à une boite de ravioli retournée qu’à un individu. Le chef de gang était sur de l’identité du cadavre car non loin de là, on retrouva la chevalière en métal semi précieux que tous les types du gang devaient porter ; de plus l’un des leur ne s’était pas présenté pour les raids habituels chez les rivaux ; et ce n’était pas son style.

Deux semaines plus tard, ce fut le tour d’un autre gang de subir une attaque de ce type…les blessures ne ressemblaient à rien ; aucun tueur connu, aucun malade recensé n’avait jamais explosé comme çà ses victimes. Et pourtant, Scud et Jetan en avaient vu de toutes les couleurs. Mais là, çà dépassait leurs connaissances des crimes les plus atroces : on pouvait suivre chaque fois le cadavre tant les bouts de chair étaient éparpillés sur les murs, les trottoirs, attestant de la violence de ces attaques.

Le nombre de cadavres commençait à augmenter de plus en plus, de jour en jour ; la morgue ne désemplissait plus…au moins, çà avait un avantage, pensait Scud : Les cadavres étaient tellement esquintés qu’ils pouvaient tenir à plusieurs dans la boite en sapin où nous finissons tous un jour. Dans une ville aussi grande que New York, même les places dans les cimetières étaient assez recherchées.

La presse s’était bien sur emparée de l’affaire, proposant à l’envi des photos de cadavres joliment accompagnées de titres et d’articles racoleurs. Elle avait même surnommé le tueur « Mururoa », tant les macchabées étaient atomisés ; la presse adorait les faits macabres, et ce depuis des lustres : c’est ce qui faisait vendre leur sac à potins.

A force de suivre ces cadavres comme on suit une piste, de recouper les informations offertes par les gangs qui n’arrivaient même pas à se faire justice eux même, n’ayant jamais pu apercevoir le tueur, Scud et Jetan avaient réussi à trouver le repaire. Enfin à définir une zone où pouvait se planquer ce Sérial Killer. En effet, si l’on pointait les lieux des crimes sur une carte, cela formait comme une espèce de cercle.  Il était facile alors d’imaginer le tueur partant d’un point précis (sans doute sa cache) et sévissant en rayons autour de ce point…

Il suffisait donc d’aller vérifier si cette théorie tenait la route.  Ce que firent Scud et Jetan.

Si vous souhaitez lire la suite c'est ici


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25 janvier 2009

Histoires d'A... [4]

-          Ah, euh… oui, bonjour !

Aurélie ne s’attendait pas à se trouver face à ce type de femmes. Tout de suite elle se dit que ça ne collerait pas. La femme en face d’elle avait visage tellement fermé, elle avait l’air tellement guindée…

Elle essayait de se persuader que malgré les apparences  Valérie Bloyer était peut être une nana marrante, ouverte, et peut être même qu’entre elle et Aurélie le courant passerait. Elle essayait, mais elle avait du mal.

Le serveur vint interrompre le silence pesant qui s’installait entre elle. La dame des éditions La Française avait commandé un Perrier. Et elle avait indiqué à Aurélie que c’était : « Pour garder la ligne ».

Vraiment étrange cette femme, la journaliste se lança.

-          Comment procède t on ? Vous me posez des questions ? Je vous parle de ce que je veux ? Vous prenez des notes ?

-          En réalité je vais commencer par étudier les documents que monsieur Elliot Pinch a du vous remettre. Ensuite je vous poserai des questions par rapport à cela. J’écrirai une première trame. Et nous nous reverrons ensuite. Cela vous convient il ?

Avait-elle vraiment le choix ? Elle hocha la tête pour signifier son accord, en fait elle se demandait si elle avait bien fait de laisser autant de blanc sur les papiers qu’Elliot lui avait demandé de remplir.  Elle sortait les fameux papiers quand Valérie Bloyer lui lança :

-          A propos, je n’ai rien pour vous contacter directement. Donnez-moi un numéro personnel ainsi qu’une adresse e-mail. Vous avez les documents ? Hum… Mais ils ne sont absolument pas complet ; écoutez moi bien mademoiselle la pseudo journaliste, faire une autobiographique sexuelle je trouve ça dégoutant et inintéressant au possible, seulement mon employeur m’a assuré que ça serait le dernier livre que je serai obligé d’écrire pour quelqu’un.  Je ne vous cache pas mes ambitions : votre vie, votre intimité je n’en ai que faire. Si vous continuez à me mettre des bâtons dans les roues en ne collaborant pas correctement, je vous promets que j’aurai votre tête ! Voyez-vous je ne suis peut être qu’une simple « petite main » mais j’ai des relations, et haut placées ! Alors nous nous voyons demain même heure même endroit et ces documents ont intérêt à être complets ! Je ne vous salue pas !

Valérie Bloyer prit le papier qu’Aurélie tenait à la main, qui indiquait un numéro de portable et une adresse mail. Notre héroïne avait retenu sa respiration depuis que le ton de Valérie était monté, et qu’elle avait eu l’impression de revenir au CP et de se faire enguirlander par sa maitresse.

Sous le coup et de la colère et de la stupéfaction, elle appela Elliot pour se plaindre. Pas de chance il était sur messagerie. Elle appela Vinciane. Pas mieux, messagerie aussi.

En rentrant chez elle, elle avait décidé de jouer le jeu, enfin… Elle continuerait à mentir, mais elle remplirait ces documents. Par chance, elle était de repos cette semaine elle aurait donc le temps de faire plus tard ce qu’elle avait prévu de faire ce jour là.

Elle se fit envoyer un coursier avec les courses qu’elle avait oublié au travail. Elle se mit au travail dès qu’elle fut rentrée.

Première étape : finir les tableaux. Elle avait laissé toutes les cases « Conditions du premier rapport » vides.

Le stylo à la main, elle se creusait les méninges. Cela dura environ une heure. Et d’un coup, d’un seul elle se précipita sur la feuille et la noircit en quelques minutes.

Matthias : « Chez mes parents, un samedi soir. Ca a duré à peine une demie heure tout compris. Absolument pas mémorable ».

En écrivant ceci, elle se rappela de sa première fois. Il avait été doux, tendre, mais pas efficace. Sans doute normal. Contrairement à tout ce qu’elle avait pu entendre à l’époque, elle n’avait pas du tout eu mal.

Lionel : « Une soirée trop arrosée, un spliff ou deux de trop, pas de souvenirs particuliers de la première fois avec lui sinon un lendemain difficile »

Le second… elle l’avait adoré le second amant qu’elle avait eu. Il la mordait. Sans doute une âme de vampire, il mordait à la gorge et à l’épaule, parfois jusqu’à lui en provoquer des bleus énormes.

Sven : « A l’arrière de sa voiture, en rentrant du restaurant, la voiture arrêtée sur le parking vide d’une grande surface, une expérience torride et inoubliable »

Ca, elle l’avait écrit juste parce que la nana des éditions avait dit que c’était dégoutant d’écrire un livre sur sa vie sexuelle. C’était bête et méchant, mais elle était contente !

Elle avait enfin rempli toutes les cases en face de chaque nom. Les tableaux étaient finis. Elle allait commencer le questionnaire nommé « Ce que vous avez fait de plus fou, de plus curieux ou de plus honteux – conditions – partenaire(s) – si solitaire, le préciser » quand le téléphone sonna.

Son amour. Enfin. Elle lui raconta toute l’histoire depuis le début, demanda de ses nouvelles. Chacun se plaignaient de l’absence de l’autre. Chacun avait envie de se retrouver avec l’autre. Elle lui demanda s’il avait des idées pour ses questionnaires, mais non… Enfin si.

-          On n’a jamais fait l’amour au téléphone ?

Aurélie imaginait le sourire sur son visage, le genre sourire coquin qu’elle adorait le voir porter…

-          On ne peut pas faire l’amour au téléphone…

-          Tu veux que je t’explique comment faire ?

-          Je t’écoute…

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24 janvier 2009

Histoires d'A... [3]

Il était 15h quand Aurélie avait enfin ouvert les yeux. Mal réveillée, elle avait titubé jusqu’à la salle de bain, ses pieds avaient buté dans les tas de papiers à plusieurs reprises, elle n’y avait prêté aucune attention.

A vrai dire, ces papiers, elle les avait oubliés pendant deux jours. Prise par le travail et sans appel d’Elliot, elle avait purement et simplement zappé le fait qu’elle devait préparer un livre.

C’était sans compter sur le fameux manager et la technologie, il avait appelé et laisser un message sur le répondeur.

-          Salut ma chérie, c’est un message pour te dire que tu as rendez vous demain à 14h00 précises avec Madame Valérie Bloyer, la nana qui écrira tout ce que tu lui raconteras ! N’oublie pas de ramener tes tableaux et questionnaires ! C’est au café Le Bistrot !

C’était succinct, et avait suffi à ce qu’Aurélie se souvienne. Les papiers dans sa chambre…  Il fallait qu’elle s’y recolle, le cauchemar continuait… quoique… finalement les heures qu’elle avait passé à commencer à remplir tout ça l’avait mis dans un état plutôt agréable.

Elle avait tout prévu, et si personne ne venait la déranger, elle arriverait à avancer un peu pendant la nuit. Elle avait fait des courses pour avoir de quoi grignoter et boire pendant ce temps, et dès la fin du journal de la nuit, elle filerait chez elle.

Oui, elle avait tout prévu, sauf l’épuisement. En rentrant chez elle, elle avait tout simplement enfilé sa chemise de nuit et avait dormi.

Forcément, quand le téléphone sonna, qu’elle entendit la voix d’Elliot, elle comprit illico qu’elle avait oublié et ses courses au travail et les papiers par terre.

-          Ma chérie ? Pas de news de toi depuis hier, tu as mon message hein ? Café Le Bistrot, 14h00 ?

-          Oui… j’y serai

Préparé en à peine 10 minutes, elle était en train de rassembler les papiers qui trainaient dans sa chambre. Dans 4 heures elle devait être au café. Il lui restait donc un peu de temps pour étoffer ses réponses, ou pour en inventer.

Elle se persuada de remplir coute que coute le document intitulé « Détails sur chacun des amants – position préférée – anecdote » : pour Matthias, elle eut une idée qui lui paraissait assez drôle. Le pauvre Matthias, si tant est qu’il est existé, n’aurait pas apprécié ce qu’Aurélie était en train d’écrire le sourire aux lèvres.

-          Pauvre Matthias, le mec qui ne pouvait prendre son pied qu’en hurlant des insanités, et qui n’était pas capable de me faire jouir… Obligée de tout faire toute seule… Et si justement, une fois alors qu’il gueulait comme un putois sa mère était venu voir ce qui se passait et qu’elle nous ait surpris, pensa-t- elle tout haut

Elle riait toute seule, mais fut rappelée à l’ordre quand elle vit l’heure. C’est que les minutes, elles, continuaient à défiler ! Continuer à écrire.

Pour la position préférée elle mit missionnaire, parce que c’était plus simple que de devoir aller chercher une idée dans le Kama Sutra.

D’ailleurs c’est la position qu’elle mit pour le second, et à partir de troisième elle alterna : une fois la position d’Andromaque, puis la levrette, et puis la cuillère… et ainsi de suite.

-          Tout ce qu’il y a de plus classique… Mon dieu je suis d’une originalité aujourd’hui…

C’était l’heure, elle n’avait quasiment rien écrit. Enfin, elle n’était tout de même pas mécontente parce qu’elle s’était trouvé une anecdote concernant Sven, anecdote « sympa » selon elle… Un câlin dans l’herbe qui aurait provoqué de l’urticaire à ce pauvre Sven… il s’était gratté le derrière pendant des semaines ! Enfin, il l’aurait fait si tout ça avait été vrai.

En route pour Le Bistrot, elle se demandait comment serait la Valérie Bloyer. Sans doute une petite jeune en jean et pull large qui sortait de la fac, qui espérait devenir un jour une auteure à succès. Payée par la boite d’éditions une misère. Elle l’imaginait de mieux en mieux.

Assise à une table, devant un chocolat chaud, elle fut surprise quand une femme à l’air sévère, reflétant tous les clichés de la femme guindée : tailleur noir, chignon etc.… l’aborda.

-          Madame Valérie Bloyer, des Editions La Française, je suppose que vous êtes Aurélie Vandel, enchantée.

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23 janvier 2009

Histoires d'A... [2]

Qu’allait-elle bien pouvoir inventer sur ce Matthias ?

Il fallait qu’elle cherche dans ses souvenirs avec celui qui fut son premier amant pour inventer une histoire avec ce Matthias qui tienne la route.

Son vrai premier amant – qui avait aussi été son premier vrai amour – avait quelques années de plus qu’elle. Elle l’avait aimé comme une folle. Il en avait bien profité. Il feignait les sentiments, mais au moins c’est lui qui lui avait mis le pied à l’étrier.

« Alors, réfléchis Aurélie à haute voix, Matthias je l’ai rencontré quand j’avais euh… 15 ans. Il en avait 18. »

Deux cases de remplies… la case « Prénom » et la case « Age du partenaire ».

Dans la case « Condition de rencontres – Lieu », elle eut envie d’écrire un truc extraordinaire, un truc dont rêve toutes les ados de 15 ans. Au lieu de ça, elle s’inscrivit quasiment la vérité : redoublant en Terminale, moi en seconde, amis communs. En vérité le premier chéri d’Aurélie était pion au lycée, pas étudiant.

La case qui suivait était déjà plus problématique. Aurélie hésitait à dire la vérité, et puis finalement non. Ca ne regardait qu’elle.

Elle décida de sauter la case en question, elle verrait ça ultérieurement.

L’avant dernière case était « Chose la plus marquante vécue avec cet amant ». Sans hésiter, elle écrivit : première fellation.

Enfin, elle inscrivit : déménagement, dans la case « Fin de la relation ».

Elle procéda de même avec 7 ou 8 hommes, inventant prénoms, conditions de rencontre, âges etc…

A chaque fois elle laissait de côté la même case : « Conditions du premier rapport ». Elle ne savait pas si elle devait tomber dans le mièvre, dans le purement sexuel, dans le romantisme, ou encore dans réalité.

Elle avait réussi à remplir toutes les cases « Chose la plus marquante… » en face de chaque nom.

Ainsi pour Lionel c’était la première levrette, pour Thomas c’était l’essai du bondage, pour Antonin c’était la première sodomie, pour Jérôme c’était les orgasmes à répétition etc. …

Elle venait de s’inventer presque dix ans de vie sexuelle.

Elle n’était pas mécontente d’elle.

-          Tu sais que c’est avec Sven que j’ai fait l’amour la première fois dans une voiture ?

-          Hein ?? Mais de quoi tu me parles Aurél ? T’as perdu la tête ?, répondit immédiatement la meilleure amie

-          Mais non Vinciane, je te raconte ma fausse vie sexuelle… ça t’intéresse pas ? Ne me dis pas que tu n’achèteras pas mon livre ? Si toi, ma meilleure amie, n’achète pas mon livre, pourquoi veux tu que je continue à me triturer les méninges pour écrire quelque chose ?

Elles ont continué à parler quelques minutes, et finalement Aurélie se décida à raccrocher et à poursuivre.

Elle prit le document intitulé : « Détails sur chacun des amants – position préférée – anecdote ».

Il fallait encore qu’elle réfléchisse. Ca faisait des heures qu’elle ne pensait qu’au sexe. Qui, quoi, comment, où… Elle aurait bien voulu demander à son chéri actuel de l’aider. Ou de lui montrer quelques trucs. De revoir ses classiques. Mais il n’était pas là. En voyages d’affaires. Quelle idée de sortir avec un reporter !

Elle essaya de l’appeler… Répondeur.

« J’ai envie de toi. Tu me manques. »

Elle avait beau être d’humeur coquine, elle n’arrivait plus à s’imaginer une vie sexuelle avec chacun de ses faux amants.

« Allez Aurél, au lit, dans 10h tu vas au boulot… »

Sous les couvertures, bien au chaud, Aurélie trouva quelques idées à inscrire sur les documents laissés par terre. Ce qui réveilla quelques envies de plaisir solitaire.



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21 janvier 2009

Histoires d'A... [1]

C’était l’idée de son manager. Il lui avait demandé ça comme une faveur. Alors elle avait dit oui.

Elle l’écrirait ce fichu livre. Tout ça parce que c’était la mode d’écrire ses souvenirs sexuels.

-          Tu parles d’un truc intéressant… Non mais franchement !! Je suis une présentatrice du journal de la nuit, pas une pin up…., s’était lamentée Aurélie.

-          Ma chérie (elle détestait qu’il l’appelle comme ça), ce livre pourrait te permettre de présenter un journal en journée ! Finis les horaires décalées pour toi… S’il te plait, ma chérie, fais ça pour moi, avait répondu le manager.

Il – le manager – lui avait tout expliqué : ça ne serait pas elle qui rédigerait vraiment le livre. Elle avait tout un tas de papiers à remplir : des tableaux, des questionnaires… Et surtout elle devrait rencontrer plusieurs fois la « petite main » qui passerait quelques nuits blanches à écrire, réécrire, lire et relire jusqu’à en avoir mal au cœur, les affres et les bonheurs de la vie sexuelle d’Aurélie Vandel.

Elle devait aussi choisir un titre.

-          La belle affaire : je dois choisir un titre alors que je n’écrirai rien ? Personne n’a réfléchi à ça ? Faut peut être que je sache ce que va exactement dire ce bouquin avant de choisir son nom ?

-          Tu réfléchis trop. On te demande quelques informations, un titre qui te plait et pour le reste tu ne t’occupes de rien. Penses aux royalties !

Tous les papiers à remplir étaient posés là sur le bureau. En face d’elle.

Elle n’avait pas la force de commencer. Elle avait décidé de tout inventer. Les noms, les âges, les lieux…

Elle ne savait pas par quoi commencer. Cette idée lui semblait tellement ridicule. Qui pourrait s’intéresser à ça ?

-          Salut, c’est moi… Je te dérange pas ?

-          Non… ça va pas ? T’as une petite voix, s’enquérait sa meilleure amie

-          Je sais pas comment faire pour ce livre là… Cette idée est nulle, qu’est ce que tu ferais toi ?

Finalement, son amie ne l’avait pas aidé tant que ça. Elle ne savait toujours pas quoi faire. Elle se souvint que Elliot – le manager – lui avait parlé « argent ». Elle chercha le contrat – qu’elle n’avait pas lu puisque le dit Elliot lui avait assuré que tout allait – pour voir à combien s’élevait sa « récompense ». Là elle avait trouvé une raison de commencer. Peu importait que l’idée lui plaise ou pas finalement. La somme indiquée sur le contrat lui permettrait d’acheter une maison, une nouvelle voiture et de refaire sa garde robe, entre autre… L’argent l’avait décidée.

Elle avait pris le tas de papiers avec elle et s’étais installée à même le sol. Elle était assise sur la moquette,  le tas n’était plus, elle avait éparpillé tous les documents autour d’elle. Pour avoir une vision d’ensemble.

Le crayon à papier qu’elle avait dans la main n’avait toujours pas servi à écrire quoique se soit. Et pourtant cela faisait plus d’une heure qu’elle était là à remuer tous les papiers.

Enfin décidée, après avoir parcouru en diagonale toutes les feuilles, elle avait choisi le tableau intitulé « Recensement des différents partenaires amoureux et/ou sexuels ».

Elle inscrivit un premier prénom : Matthias.

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29 décembre 2008

Le comte de Noël

Pour ceux qui ne sont pas allés voir le blog qu'Aude nous proposait pour l'Avent, je mets ce soir la nouvelle que je lui avais donnée.


Dans une région retirée, au sommet d’une colline il y avait une maison.

Une très belle et grande maison. Avec un vaste parc fleuri autour. En tous les cas à une certaine époque.

A présent la maison était délabrée, le parc laissé à l’abandon.

En plus, au jour où se passe notre histoire, tout était sous la neige. Les nuages gris, les flocons virevoltant donnaient un air lugubre à l’endroit.

Cette demeure appartenait à la famille de Noël. Ce nom étonnant datait de plusieurs siècles. Personne ne savait vraiment d’où cela venait. Mais la famille de Noël assumait son nom. Tous les ans, pour les fêtes de fin d’année un bal était organisé. Tous les habitants de la région étaient conviés. Ce bal permettait aux uns et aux autres de se retrouver une fois l’an et de se raconter les événements de l’année.

Cette tradition fut abandonnée lors du décès des parents de l’actuel propriétaire : Eugène de Noël.

Le pauvre Eugène vivait reclus sur lui même. On ne le voyait plus chasser ou se promener dans son domaine.

Il avait arrêté d’entretenir sa maison, ne faisant aucune réparation, les vitres tombaient les unes après les autres, la poussière avancée un peu chaque jour dans chaque pièce.

Il avait aussi stoppé les travaux de jardinage qu’il avait entrepris depuis l’enfance. Le beau potager n’était plus qu’un amas de feuilles mortes et de mauvaises herbes.

Eugène était solitaire et aimait l’être. Il avait enlevé tous les miroirs et toutes les horloges de la maison.

Avec la neige qu’il était dernièrement tombé, il était encore plus seul. Les routes étaient coupées depuis plusieurs jours.

Eugène savait que les fêtes de Noël arriveraient, et comme tous les ans il n’avait rien prévu. Il boirait son verre de vin en mangeant un morceau de viande et sans doute quelques légumes, et irait se coucher tôt comme toujours.

Noël n’était pas une fête qu’il appréciait.  Il n’aimait pas les bals que ses parents et avant eux ses grands-parents organisaient.

Ce jour là, le jour où se situe notre histoire, Eugène fut surpris d’entendre frapper à sa porte. Cela arrivait de temps à autre mais il n’ouvrait jamais, et ne prêtait aucune attention à qui venait le voir. Il ne dérogea pas à la coutume. Pourtant piqué de curiosité il regarda cette fois ci par la fenêtre pour voir qui était là.

Il n’arrivait pas à voir si c’était une femme ou un homme. La personne était emmitouflée dans un grand manteau, avait sur la tête un grand chapeau.

La personne insistait. Cela commençait à énerver Eugène. En général les gens repartaient aussi vite qu’ils étaient arrivés.

Eugène alla donc ouvrir. Il s’agissait d’un homme avec une grosse moustache. Il voulait savoir si cette année il y aurait un bal. Il expliqua que cela faisait un moment qu’il avait quitté la région mais qu’il souhaitait montrer à ses enfants et à sa femme le bal du Comte de Noël.

Eugène répondit laconiquement : « Pas de bal ».

L’homme insista, il était prêt à payer pour qu’Eugène organise un bal. Il était même près à rénover la maison. Eugène tout aussi concis répondit seulement : « Non ».

Il ferma la porte.

Tous les jours pendant près de 15 jours, l’homme était revenu. Insistant et proposant toujours plus.

Eugène finit par céder. Après tout, il n’avait aucune obligation d’assister à ce bal. Il s’enfermerait dans sa chambre et voilà tout.

Les travaux avançaient très vite. A deux jours de Noël tout était près. L’homme à la moustache avait tout organisé. La décoration était installée. La maison avait retrouvée de sa superbe. Le parc aussi.

Eugène ne vivait plus que dans sa chambre. Il n’avait rien vu des lieux. Il s’était arrangé avec le moustachu pour qu’il lui amène à manger à heures fixes. Il ne s’intéressait pas du tout à ce qu’il se passait chez lui.

Le jour du bal était arrivé. Eugène fit comme d’habitude, et resta seul dans son coin.

Il entendait un peu de bruit, de la musique, des rires. Ca l’énervait.

Il n’arrivait pas à lire, et pire on avait oublié de lui amener à manger. Il s’était décidé à descendre jusque dans la cuisine. En espérant ne croiser personne. Quelle idée il avait eu ! La foule l’entourait, les gens se pressaient autour de lui pour voir comment Eugène était. Il y avait tant d’années que les gens du coin ne l’avaient pas vu.

Eugène lui se maudissait d’être sorti de sa chambre. Tout ce brouhaha l’exaspérait. Et puis soudainement, il eut comme l’envie de voir s’il reconnaissait des gens. Tous les visages qu’il voyait lui étaient totalement inconnus. Il avait l’impression de reconnaître un menton, un nez ou un sourire. Mais pas un visage complet.

Il était à la fois curieux – chose assez rare pour être notée – et embarrassé – tant de gens chez lui, qu’il ne connaissait pas.

Il avança au milieu des gens, comme poussé par l’envie d’en savoir plus. Tout d’un coup il fit face à une table couverte de gâteaux. Dont un énorme.

Un gâteau qui portait l’inscription « Bon 100ème anniversaire Eugène ».

L e choc.

Il avait 100 ans aujourd’hui. Le jour de Noël était son jour de naissance.

Il n’avait jamais cherché à compter les jours où les années. Il savait quand l’été approchait, quand on changeait d’année. Mais il n’avait pas de calendrier et se fichait de savoir son âge. Il avait arrêté de compter depuis plus de 50 ans…

Il fallut asseoir l’homme âgé en état de choc.  Tout d’un coup il réalisait qu’il avait été seul pendant près d’un demi-siècle, et que malgré cela les gens géographiquement proches ne l’avaient pas oublié.

Le comte de Noël réalisa que la magie de Noël n’était pas qu’une fable.

Durant l’année qui suivit, il eut des visites tous les jours, et se sentit aimé. Il réalisa qu’il avait bêtement gâché 50 années.

Cette année fut l’une des meilleures de sa vie. Mais fût la dernière.

Eugène de Noël s’éteignit le jour de son 101ème anniversaire, lors du bal de Noël qu’il avait organisé. Il était entouré comme jamais, et partit heureux.

Posté par Adidine à 22:02 - Nouvelles - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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