20 février 2009
Content/Pas content
C’est dingue comme la vie est bizarre.
Je me suis réjouie, ma mère et mon frère aussi, que la tombe de Papa soit enfin finie. La stèle a été posée, son nom a été gravé et recouvert de feuilles d’or. Nous sommes contents. Enfin contents…
Comment peut-on se réjouir de la pose d’une tombe ? De la pose de feuilles d’or sur un nom ?
Différentes choses se sont récemment résolues : le capital décès de la mutuelle a été versé, la Poste (l’employeur de mon père) a versé son capital décès aussi, la pension de réversion (bien que papa n’ait pas été à la retraite lors de sa mort) va être versée, le prêt que mes parents avaient pris pour payer mon appartement n’existe plus grâce à l’assurance décès qu’ils avaient souscrite.
Bientôt ma mère (seule héritière de mon père grâce à la renonciation que mon frère et moi avons faite) touchera bientôt toutes les économies de Papa.
Ainsi, d’ici peu Maman aura de quoi penser à l’avenir, elle pourra commencer à préparer sa retraite.
Je suis contente pour elle. Enfin contente…
Elle, elle est contente aussi. Enfin contente…
Comment peut-on être content de « gagner » de l’argent grâce à un décès ? Oui cet argent était « du » à ma mère. Mais tout de même. Toutes aides confondues, il n’y a pas loin de 100 000 euros.
C’est une grosse somme c’est certain. Je suis contente pour Maman qu’elle ait cet argent devant elle. Mais d’un autre côté, j’ai l’impression de réduire mon père à cette somme d’argent.
Je ne suis pas contente d’être contente…
17 janvier 2009
[...]
J'ai mis ce "texte" dans la catégorie poésie, bien qu'il ne réponde à aucune des règles de poésie, aucune rime, pas de nombre de pieds réguliers...
Aujourd'hui, avec Maman, nous sommes allées sur la tombe de Papa, elle a craqué... Je n'ai pas trouvé de mots... En rentrant impossible de garer la voiture dans le parking souterrain de l'immeuble, à mon tour j'ai craqué. Juste (?) parce que je n'ai pas été capable de faire une manoeuvre... J'ai plus de mots pour ma mère, alors j'essaye d'en trouver pour mon père...
Tu étais râleur
Tu étais discret
Tu étais présent
Tu étais mon père
Tu es dans un souffle
Tu es dans un rire
Tu es dans une larme
Tu es dans mon cœur
Tu seras toujours dans mes souvenirs
Tu seras toujours un peu là
Tu seras toujours mon père
Tu seras toujours dans mon cœur
12 janvier 2009
Brève
1996. Autoroute A10. Aux alentours de Châtellerault.
- C’est quoi qu’on écoute ?
- Jacques Brel…
- Connais pas…
- Ben écoute…
10 km plus loin.
- Il est torturé ce gars non ?
- Oui, on peut dire ça…
- On peut réécouter la K7, s’il te plait Papa ?
- Vas y, occupes toi en…
2000. Paris XIIIème.
Trois visages tournés vers une télé, Brel chante les « Bonbons ».
- J’adore, vraiment, il est génial ce type…
- Et tu connais la chanson par cœur ? C’est pas de ta génération pourtant…
- Oui c’est de la tienne. Mais à force de l’entendre dans la voiture, ben ça a fini par rentrer…
- Je t’aurai au moins appris ça.
2009. Paris XVIIIème.
Une jeune femme pleure son père en écoutant le CD de Brel – une centaine de chanson dans le boitier. Et malgré les larmes, elle bat la mesure et chante aussi fort qu’elle le peut…
« Merci Papa… »

